le nombre d'or au coeur du cerveau ? Les statues grecques obéissent au nombre d'or qui définit le rapport des longueurs des membres et du corps. Ces proportions faciliteraient la perception des émotions par le cerveau. L'idée d'une beauté objective refait surface.
La statuaire et l'architecture grecques ont été soumises à des règles strictes qui définissaient des proportions idéales dans les formes des corps et des bâtiments. D'après des études récentes, ces règles mathématiques (dont le nombre d'or) ont un impact sur le cerveau humain : elles favoriseraient l'éclosion des émotions. Une étude réalisée à l'Université de Parme et de Rome, par le neuro­biologiste Giacomo Rizzolati et ses collègues, révèle que le cerveau humain est particulièrement sensible à certaines proportions dans les statues : le respect de proportions « canoniques » permet au spectateur d'établir une relation émotionnelle plus étroite avec l'oeuvre, pour faire resurgir des souvenirs chargés d'émo­tions positives. Le nombre d'or, fort prisé des anciens Grecs, définit une proportion harmonieuse entre deux longueurs, par exemple entre les deurectangle, rectanglie,, Pour que les deux côtés d'un rectangle soient reliés par le nombre d'or, il faut que le rapport entre la longueur du petit côté et celle du grand côté soit égal au rapport entre la longueur du grand côté et la somme des longueurs du petit et du grand côtés. Ce rapport est égal à 1,618 : le nombre d'or. On retrouve le nombre d'or dans les proportions de multiples chefs-d'oeuvre archi­tecturaux de la Grèce antique, mais aussi dans la statuaire : par exemple, le rapport de la longueur des jambes (de la plante des pieds jusqu'à la crête de l'os iliaque) à la longueur du buste, égale le nombre d'or. G. Rizzolati et ses collègues ont donc présenté à des volontaires des photographies de statues grecques ainsi que de versions modifiées où les proportions avaient été changées. Ainsi, un rapport de 1,63 donne un individu avec de longues jambes, et un rapport de 1,55 un corps avec un buste allongé. En montrant ces photographies aux volon­taires, les neurobiologistes ont constaté que les statues respectant le nombre d'or stimu­lent des zones bien particulières du cerveau. Ces aires sont spécialisées dans la percep­tion des différentes parties du corps. Elles s'activent plus lorsque nous regardons des statues obéissant au nombre d'or, que devant les autres :qui plus est, elles stimulent l'insula, une sorte de senseur des émotions internes. Lorsque l'insula s'active beaucoup, comme c'est le cas face aux statues grecques, notre corps et notre esprit sont préparés pour être à l'écoute de nos émotions. Le sentiment de beauté peut alors être éprouvé en tant que tel : G. Rizzolati a montré qu'il résulte de l'activation d'une autre zone du cerveau, l'amygdale cérébrale droite. Ce noyau ravive lémotionnel. Ilémotionnel.11 en résulte un élan affectif puis­sant qui projette sur la statuaire des senti­ments chargés d'émotions. Ce mécanisme s'applique particulière­ment bien dans le domaine de la musique. En écoutant un morceau émouvant, notre esprit fait resurgir des images de personnes proches, de scènes vécues et chargées d'émotion : le morceau de musique devient alors un substrat sur lequel ces images char­gées d'émotion se rencontrent et se mêlent. Ainsi, la perception du beau s'articulerait en deux temps. Première étape : le respect de certaines proportions idéales (les canons de la beauté) favorise un éveil émotionnel de l'esprit et du corps. Seconde étape : le cerveau puise dans des ressentis subjectifs passés (parfois rattachés à d'autres stimulations que l'art) pour faire naître le sentiment subjectif du beau. La beauté objective serait ainsi un préalable, nécessaire, mais pas forcément suffi­sant, à l'émergence de la beauté subjective. Mais qu'en pensent les philosophes ? C. Di Dio, et al., The golden beauty: brain response to classical and renais­sance sculptures, in PloSONEvol. 2, et 201, 2007