Le succès d'un candidat à une élection dépendrait beaucoup des traits de son visage.

Le visage d'une personnalité politique déterminerait à lui seul l'issue d'une élection : telle est la conclusion d'une étude psychologique réalisée aux Universités d'Aberdeen et de Stirling en Angleterre. Cette expérience consistait à insérer dans la photographie d'un homme totalement inconnu des traits appartenant au visage de Tony Blair ou de son adversaire lors du dernier scrutin en Angleterre,William Hague. Une telle opération est aisément réalisable à l'aide de logiciels de traitement de l'image, et l'on obtient un visage où les caractéristiques faciales de Tony Blair ou de son adversaire ne peuvent être identifiées.

Les psychologues ont ensuite arrêté des passants dans la rue, leur ont montré les deux versions des photos modifiées (a et c) et leur ont demandé : pour lequel de ces deux personnages voteriez-vous s'ils se présentaient pour le poste de premier ministre ? Cinquante-quatre pour cent des personnes interro­gées ont désigné le visage modifié «à la façon de Blair », et 46 pour cent l'autre visage. Étrange coïncidence : lors du dernier scrutin, Blair l'avait emporté par 54 pour cent des voix contre 46...

L'expérience a été rééditée avec deux candidats aux élections australiennes (un vainqueur, un vaincu), de même qu'avec George Bush et John Kerry, aux États-Unis. À chaque fois, les résultats ont confirmé la première étude. La tendance à voter pour tel ou tel candidat semble déterminée par des caractéris­tiques du visage des candidats. Les psychologues n'ont pas encore réussi à identifier les « traits du succès », et ce ne sera peut-être pas facile, car les traits deTony Blair sont efficaces contre ceux de William Hague, mais peut-être pas contre ceux d'un autre candidat. Quoi qu'il en soit, le résultat de l'élection est contenu en puissance dans les visages des candidats.

Bien entendu,on a envie de poser la question :qu'en est-il de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ? Une solu­tion se profile : pour savoir lequel des deux rempor­tera l'élection présidentielle de 2007 en France (s'ils sont présents au second tour), il suffirait peut-être d'uti­liser la méthode des psychologues anglais : créer des visages d'inconnus dans lesquels auraient été transfé­rés respectivement des traits de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal. Il faudrait distribuer ces visages à des passants et observer les résultats. Cette méthode serait beaucoup plus fiable que les sondages, car les réponses données lors d'un sondage sont influencées par d'autres facteurs comme la mode du moment, les effets d'un sondage précédent ou la conversation houleuse que l'on vient d'avoir avec un collègue, son conjoint ou un ami.Vive la démocratie faciale !

A. Little et al., Facial appea rance affects voting decisions, in Evolution and Humas Beha­vior, à paraître